Voyage solidaire en Palestine

Témoignage de Françoise Guiche et Daniel Guillouet

De retour de Palestine occupée où nous nous sommes rendus avec l’Association « Aulnay Palestine Solidarité » pour mettre en place des actions solidaires dans les domaines économiques, culturels et environnementaux, nous voulons vous rendre compte de la tragédie que vit le peuple palestinien, conséquente à l’occupation et la colonisation par Israël.

Notre témoignage ne s’appuie pas seulement sur nos échanges avec des dirigeants politiques, des membres d’associations ou de simples citoyens, mais sur des faits constatés et donc irréfutables.

P1050035La vérité est inacceptable sur le plan politique, moral et éthique. Quelques exemples significatifs :

Le mur : il s’étend toujours plus à l’intérieur de la Cisjordanie, étouffant et enclavant les villes, contraignant la population à obtenir des permis pour passer les multiples postes de contrôle, amputant les terres palestiniennes et confisquant 82% des ressources d’eau. L’objectif est d’annexer les terres historiques, de morceler le territoire et d’y ancrer un État juif.

Les routes : elles sont, pour la plupart, interdites aux palestiniens, les contraignant à faire d’interminables détours pour rejoindre leur lieu de travail et les autres villages. A terme, chaque ghetto palestinien sera relié par un réseau routier discriminatoire sous contrôle de l’armée israélienne et financé avec l’aide de la communauté internationale et des bailleurs de fond. Le but est que palestiniens et colons israéliens ne se rencontrent jamais.

La colonisation : des centaines de colonies participent au morcellement du territoire, à l’annexion des terres et permettent d’assurer le contrôle territorial et militaire des environs. Les incursions nocturnes des colons dans les villages sont quotidiennes.

L’environnement : plus d’un million d’oliviers ont été détruits par l’armée et les colons. Le sol est contaminé par les déchets toxiques des israéliens, les eaux usées déversées dans les vallées. A Tulkarem, à Jénine, les cultures sont amputées par le mur et polluées par des usines israélienne dont les produits chimiques ont un impact néfaste sur l’environnement, les cultures et la santé des palestiniens.

Les maisons : des familles palestiniennes sont chassées de leur domicile pour laisser place aux colons. Nous avons été témoins de la détresse d’une famille à Sheikh Jarrah (Jérusalem Est) dont la moitié de la maison avait été saisie d’office. Les destructions sont quotidiennes sous prétexte de sécurité, de recherches archéologiques, de constructions illégales.

Hébron : la vieille ville vit sous administration civile et militaire israélienne. 40 000 palestiniens (20 % du total des habitants d’Hébron) subissent un véritable apartheid. Les colonies (5 dans la ville), regroupent 400 colons « protégés » par 1500 soldats. La circulation automobile est interdite aux palestiniens dans le quartier commerçant et la circulation piétonne sur 1 km. De nombreuses échoppes sont fermées puisque inaccessibles. Des familles palestiniennes abandonnent leurs maisons désespérées par les conditions de vie que leur impose soldats et colons. Ceux qui habitent au-dessus du marché de la vieille ville jettent régulièrement des objets, des déchets, obligeant les palestiniens à poser des filets de protection.


Crédit photo : Françoise Guiche – Daniel Guillouet

Les camps de réfugiés : ils sont sous la responsabilité de l’UNRWA qui administre quelques équipements (écoles, dispensaires, bureaux). Toutefois, les moyens accordés sont insuffisants. La population vit concentrée dans d’extrêmes difficultés quotidiennes. Il y a une vraie nécessité de créer des coopérations et des actions de solidarité avec les camps. Nous avons visité celui d’Al Farah à Jénine, qui ne bénéficie d’aucune coopération ou jumelage et où les équipements éducatifs, sanitaires et sociaux manquent cruellement et avons participé à l’inauguration d’un jardin d’enfants dans le camp d’Al Amari de Ramallah créé grâce à la solidarité de la municipalité de Stains. Quel bonheur d’avoir partagé un soir la joie des enfants du camp.


L’insécurité : injustement imputée aux palestiniens, nous l’avons vécue lors des passages aux check-point ou en croisant des patrouilles et surtout lors de la manifestation pacifique hebdomadaire contre le mur à Bel’in lorsque les soldats israéliens lancèrent des bombes lacrymogène, puis un jet de mélanges chimique et biologique à l’odeur pestilentielle et enfin tirèrent à balles réelles

Nous l’avons aussi ressentie quand les soldats montaient dans notre car, arrogants, pour vérifier nos passeports ou nous menaçaient de nous confisquer nos appareils photos, ou encore à l’aéroport de Tel Aviv quand certains d’entre nous furent longuement interrogés sur les motivations de notre voyage.


A la pauvreté et au chômage massif s’ajoutent la privation de droits élémentaires comme celui de circuler librement, de s’organiser politiquement. Près de 40% de la population masculine est ou a été en prison. Toutes les familles sont touchées. Un grand nombre d’enfants sont arrêtés, maltraités, torturés : nous avons rencontré deux enfants de 7 ans et 13 ans brutalisés et assignés à résidence jusqu’à l’âge de 16 ans, âge de la majorité pénale.

Cette situation génère révolte, résistance et soif de liberté. Il y a bien un colonisateur, un colonisé, une stratégie d’apartheid. Les forces politiques et associatives avec qui nous avons échangé nous ont exprimé leur volonté d’amplifier la résistance pacifique en s’appuyant notamment sur le droit international. L’espoir soulevé par la réconciliation entre le Hamas et le Fatah est salué par la population, elle permettra de faire face ensemble à l’occupation et à faire pression auprès de la communauté internationale pour contraindre le gouvernement israélien à stopper sa politique d’agression. La jeunesse est à bout, la confrontation est proche. Elle ne croit plus au règlement par la négociation. L’éventualité d’une nouvelle intifada a été plusieurs fois évoquée malgré les conséquences catastrophiques qui pourraient en résulter sur le peuple palestinien.

Revenus en France, nous voulons dénoncer cette tragédie, apporter notre solidarité sous forme de projets concrets et tout faire, à notre niveau, pour agir en faveur de la paix et du droit. Nous voulons saluer aussi le courage des nombreux israéliens qui condamnent cette occupation et œuvrent pour une paix durable.

L’attitude criminelle des autorités israéliennes avec la complicité des Etats-Unis doit être condamnée. L’Europe et la France portent une lourde responsabilité dans la poursuite de ce conflit. Elles se doivent d’agir, tout comme le propose le Front de Gauche, pour une solution juste et durable avec la création d’un État palestinien à côté d’Israël sur les frontières de 1967 avec Jérusalem Est comme capitale, mais aussi le démantèlement des colonies, la libération de tous les prisonniers politiques et le retour des réfugiés.

La situation en Palestine, au-delà du Moyen Orient, est une question mondiale qui touche aux valeurs universelles des droits de l’homme et de la justice.

Israël s’impose comme un État au-dessus des lois et des résolutions internationales. Il faut exiger des sanctions nationales et européennes, imposer le boycott des produits issus des colonies et les désinvestissements sur les terres palestiniennes annexées, dénoncer l’accord du partenariat privilégié entre l’Union Européenne et Israël. Se limiter à protester n’empêche pas Israël de poursuivre la confiscation des terres, la destruction des cultures et la construction d’infrastructures à Jérusalem Est.

82% des français estiment que les Palestiniens ont droit à un État, 69% pensent que la France doit dès maintenant reconnaître l’Etat de Palestine. Alors, plus que jamais, renforçons les jumelages entre villes, multiplions les projets de coopération entre associations et avec les camps de réfugiés, développons le tourisme solidaire. La Palestine est un pays empreint d’une grande tradition d’hospitalité. Agissons résolument pour que ce peuple, privé de sa terre et de ses droits – et qui montre une remarquable obstination à ne pas disparaître – puisse vivre enfin en paix, dans une Palestine faite de justice et de liberté.

 

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1 commentaire

  1. marco

     /  19 mars 2012

    cool Merci pour cet article vraiment sympa ..

    Réponse

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