Élections régionales. « Nos vies valent plus que leur chemise »

Le meeting de la liste du Front de Gauche en Île-de-France a fait 
la part belle aux mobilisations sociales, mercredi soir.

NOS VIES D'ABORDMercredi à Paris : de gauche à droite, Éric Coquerel (PG), tête de liste à Paris, Julie Morel, tête de liste dans le Val d’Oise et syndicaliste chez Air France, Pierre Laurent (PCF) et Clémentine Autain (Ensemble), tête de liste en Seine-Saint-Denis.Photo : Patrick Nussbaum

Sur les terrains qui jouxtent la halle Carpentier, dans le sud de Paris, l’heure est aux entraînements de foot et de rugby. À l’intérieur, c’est à un tout autre match auquel comptent participer les 3 000 à 4 000 Franciliens qui ont fait le déplacement, mercredi soir, pour l’unique meeting régional de la liste soutenue par le Front de Gauche « Nos vies d’abord », avant les élections des 6 et 13 décembre prochains. « Pour certains, les dés sont déjà jetés. Je demande le respect pour notre liste, le respect de nos électeurs, de la démocratie. Il n’y a pas de petites et de grandes listes ! » lance à ceux qui l’interrogent dès à présent sur le second tour, le secrétaire national du PCF Pierre Laurent, qui conduit les 224 candidats, crédités pour le moment d’environ 8 % des voix. Et d’ajouter : « Si nous entrons dans la bataille, c’est pour présider la région Île-de-France ! » Arrivée un bon quart d’heure avant le début de la soirée, une salariée d’association d’éducation populaire, qui assistait mercredi à son tout premier meeting politique, confiait justement cette conviction : « Mon bulletin de vote de premier tour est démocratique, il faut se permettre de choisir selon ses convictions. Certains se l’interdisent, c’est dommage. » De quoi renvoyer dans les cordes le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, qui tente en vain depuis des semaines de rallier la gauche dès le premier tour à grand renfort de chantage au Front national.

« Ce soir, je suis la voix 
des salariés méprisés »

Pour cette novice comme pour les habitués, le ton de la campagne du Front de Gauche est donné dès le début de soirée. Après un accueil pharmaceutique par les militants d’Ensemble délivrant des médicaments contre « la macronite », cette maladie qui, comme le ministre de l’Économie, « nuit à l’action juste et solidaire», les projecteurs rouges de la salle se tamisent. Seuls dans la lumière, les salariés en lutte de l’entreprise de nettoyage OMS accueillis au son de « Résistance ! Résistance ! ». « Tomber la chemise », scande le cofondateur du Parti de gauche (PG), Jean-Luc Mélenchon, depuis le public où il a pris place aux côtés de la députée communiste Marie-George Buffet et de nombreux élus. « On y viendra », assure alors l’un des trois animateurs de la soirée. Un peu plus tard, la fameuse chanson du groupe Zebda résonne en effet sous la halle, saluant l’intervention de Julie Morel, tête de liste dans le Val-d’Oise et syndicaliste chez Air France, sous le coup, comme certains de ses collègues, d’une sanction. Sa « faute » : avoir dansé sur cette musique lors du CE du 5 octobre, dont les images de chemises déchirées ont fait le tour des médias. « Ce soir, je suis la voix des salariés méprisés et touchés dans leur dignité alors qu’ils ne défendent que leur emploi », affirme-t-elle, un peu intimidée par la foule mais fustigeant l’attitude « d’un gouvernement soi-disant de gauche », qui, « d’une main donne 97 millions de CICE et, de l’autre, permet la casse d’une entreprise semi-publique ».

« Notre liste est celle des mobilisations sociales, elle s’appelle ‘‘Nos vies d’abord’’, on aurait pu l’appeler ‘‘Nos luttes d’abord’’ », dira, juste un peu plus tôt, le coordinateur du PG, Éric Coquerel, tête de liste à Paris, arguant d’une liste « d’opposition de gauche » à la fois « bouclier social, républicain et écologique ». Et Clémentine Autain, porte-parole d’Ensemble et tête de liste en Seine-Saint-Denis, de renchérir : « Oui, nos vies valent plus que leur chemise ! » Et d’enchaîner : « Nous continuerons de marcher pour la dignité, déterminés à faire vivre l’égalité et la citoyenneté. » Tous ceux qui ne sont pas arrivés trop tard pour avoir une place assise auront trouvé sur leur chaise quelques exemples de cette détermination, déclinée en slogans : « Plan RER B à l’heure + 10 000 embauches », « 100 000 logements par an », « Passe Navigo gratuit pour les moins de 18 ans », pouvait-on, entre autres, lire sur les pancartes brandies plus ou moins régulièrement pendant la soirée. En face, les interventions des candidats franciliens se succèdent à un rythme soutenu. Illustration de la promesse de Pierre Laurent : « Nous ne sommes pas une liste de professionnels de la politique mais de citoyens engagés dans la vie de la région. » Parmi eux, Sofia Boutrih l’explique à sa façon : « Je suis une cumularde : j’ai 26 ans, je suis une femme, je suis d’origine marocaine, je suis née et je vis à Saint-Denis en Seine-Saint-Denis, j’ai étudié dans un établissement ZEP, un père ouvrier, une mère femme de ménage… Je cumule à moi seule une grande partie des vingt critères de discrimination reconnus par la loi. »

« Il faut qu’émerge un espoir » contre « les ravages créés par la politique de renoncement du gouvernement actuel. » (Pierre Laurent)

Des discriminations qui n’encombrent pas, en revanche, le gouvernement, dont le chef rompait définitivement, la veille, avec le droit de vote des étrangers. La réplique ne se fait pas attendre. « Je suis candidat parce que Mahamadou à côté de moi ne peut se présenter », explique à la salle bondée Richard Moyon, militant de la cause des jeunes sans papiers. Une proposition émerge : créer un conseil à la région qui associe aux décisions ceux qui n’ont pas le droit de vote.

L’histoire que le Front de Gauche francilien entend écrire ici ne se limite toutefois pas à celle des régionales. Quand Pierre Laurent prend le micro pour conclure le meeting, c’est par ce message : « Ce résultat comptera dans la région, mais il comptera nationalement. Il y aura devant nous un travail de reconstruction immense à gauche (en vue de 2017 – NDLR). Cette bataille commence pendant les régionales parce qu’il faut qu’émerge là un espoir » contre « les ravages créés par la politique de renoncement du gouvernement actuel ».

Voir la vidéo sur:  https://youtu.be/Jfwy_jZ-PZI

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