L’encadrement des loyers? A la baisse!

«La gauche propose bien un encadrement des loyers mais, pour le PS, la solution consiste à ralentir la hausse d’un marché qui a déjà atteint des sommets inaccessibles pour le plus grand nombre alors que le Front de Gauche inverse la tendance en redescendant sur terre.» Par Romain Biessy et Maël Goepfert, responsables du pôle ville-habitat du Front de Gauche.

(suite…)

Publicités

Compte-rendu de « 4 heures contre le logement cher »

Lundi 9 janvier, le théâtre du Rond-Point des Champs Elysées a fait salle comble à l’invitation de la « Plate-forme des Mouvements Sociaux pour le Logement » et à l’initiative de Droit au Logement et de la Fondation Copernic.

Parce que la question du logement doit être une priorité dans les programmes électoraux pour l’élection présidentielle, le collectif qui compte 37 associations et syndicats a décidé d’interpeler les candidats, invitation à laquelle ont répondu Jean-Luc Mélenchon (Front de Gauche), Eva Joly (Europe Écologie Les Verts) et Philippe Poutou (Nouveau Parti Anticapitaliste).

Tout à tour, durant 4 heures, des intervenants de la Confédération Syndicale des Familles (CSL), Jeudi Noir, Attac, Solidaire, Droit au Logement (DAL), Fondation Copernic, Confédération Générale du Travail (CGT), Fédération Syndicale Unitaire (FSU), de Partis politiques comme Isabelle Bonnet (représentante de Lutte Ouvrière pour la région PACA), Marie-Noëlle Lienemann (Sénatrice socialiste) Pierre Laurent (Secrétaire national du PCF), Dominique Voynet (Maire de Montreuil), mais aussi des personnalités comme le Professeur Jacquard, les comédien-nes Pierre Richard, Josiane Balasko, Yvan Le Bolloch et Marina Vlady ont pris la parole pour exprimer les difficultés des millions de personnes pas ou mal logées et de toutes celles et ceux qui sont accablés par le coût des loyers, des charges et de l’immobilier. Tous ont dit leur espoir de voir enfin cesser l’insupportable parce que le logement est un droit fondamental, un bien de première nécessité.

Les dessinateurs Charb et Faujour ont émaillé de dessins humoristiques projetés sur un écran,  les interventions des participants, provoquant des fous rires dans la salle. Autre moment fort : la présentation sur l’écran d’œuvres de l’artiste plasticienne et poète d’art urbain, Miss Tic, réalisées au pochoir à la bombe sur les murs ou les palissades de Paris.

D’entrée, Jean-Michel Ribe, Directeur du théâtre, a donné le ton : « le mal logement est une insulte à la dignité. Notre pays doit retrouver une solidarité forte ».

Pour Jean-Baptiste Eyraud (DAL), « l’accès au logement doit être un droit fondamental tout comme la Sécurité Sociale ». « Jusqu’à présent, il y a eu beaucoup de luttes juxtaposées de locataires, de syndicats, d’associations ou de partis politiques », a rappelé Willy Pelletier de la Fondation Copernic, « c’est pourquoi il était urgent de créer cette plate-forme contre le logement cher ».

Cette plate-forme (voir http://www.contrelelogementcher.org) énonce les mesures d’urgence contre les expulsions locatives, l’accueil inconditionnel de toute personne à la rue, l’application et l’amélioration de la loi de réquisition sur les logements et locaux vacants depuis plus de six mois, mais aussi les exigences pour un vrai logement social, contre le logement cher et pour la défense des droits des habitants.

« J’ai défilé dans la rue avec vous pour demander des papiers », a rappelé le professeur Albert Jacquard (généticien). « Il faut maintenant changer nos mots d’ordre : Qu’elle serait belle l’humanité s’il n’y avait de papiers pour personne ! Tout le monde doit être dignement logé. Il faut remettre en cause le droit de propriété et le partage des richesses tel qu’il est conçu. Les richesses offertes par la terre ou créées par l’Homme n’appartiennent à personne mais à tous ».

Josiane Balasko donnera lecture d’un texte d’Engels, Yvan Le Bolloch de Jules Vallès hélas encore d’actualité, tandis que Pierre Richard évoquera la vie d’un homme dont le parcours cabossé s’est achevé dans la rue. Marina Vlady citera quelques articles de la Loi Dallo insuffisamment appliqués puisque 30 000 familles ne sont toujours pas relogées et que 140 000 personnes vivent actuellement dans des bidonvilles.

« L’État rabote les aides au logement, leur revalorisation pour 2012 seront inférieures aux augmentations de loyers », a dénoncé Élodie Fumet (CSL). « Le social ne doit plus être une honte », s’est insurgé Serge Incerti-Formentini (CNL), « le logement est un puissant acteur économique et social. Il est urgent de stopper sa marchandisation et de le considérer comme un bien de première nécessité car il est facteur de protection sociale pour les familles. Nous ne resterons pas en dehors du débat de la campagne électorale ».

« 2012 doit être l’année de notre dissolution » lancera Margaux Leduc » (Jeudi Noir). « Il y a plus de 2 millions de logements vides recensés ! Nous exigeons l’application de la loi de réquisition des logements vides, nous voulons que l’État fasse son boulot à notre place ! ».

Eva Joly (candidat d’EELV) a plaidé, entre autres, pour un moratoire sur les loyers pendant au moins trois ans et pour mettre fin à la liberté de relouer à n’importe quel tarif quand le logement est vacant. Elle a cité le modèle allemand qui détermine le montant des loyers en se basant sur le calcul de la moyenne appliquée dans une zone et s’est engagée à réhabiliter 300 000 logements par an en les mettant aux normes pour réduire la facture énergétique des familles. Elle a invité la salle à prendre connaissance de ses propositions en matière de création de 950 000 emplois liés à l’économie verte sur son site internet.

Evoquant la dérisoire taxe sur les transactions financières, Aurélie Trouvé (Attac) a rappelé que « malgré ses multiples annonces lorsqu’il a été élu Président, Nicolas Sarkozy n’a rien fait contre la finance. Les 65 milliards de profits volés chaque année par la spéculation immobilière ne passent plus ». Pour Attac, « la rigueur n’est pas une fatalité, c’est un choix politique. D’autres alternatives sont possibles ».

Jean-Luc Mélenchon (candidat du Front de Gauche) prend alors la parole : « Je voudrais, tout d’abord, féliciter les organisateurs de cette assemblée. Ca démarre très fort, c’est un beau succès. Vous avez d’autant plus de mérite que vous avez l’intention de faire en sorte que dans  la campagne électorale on parle du logement et ce n’est pas ce qu’il y a de plus facile de parler de quelque chose de sérieux qui ne soit pas autre chose qu’une petite phrase !

Nous ne sommes pas victimes d’une malédiction qui nous tombe sur la tête comme la grêle ou la pluie et devant laquelle nous ne pouvons rien, nous sommes dans une réalité sociale volontairement organisée. Le capitalisme s’enrichit à partir de la rareté et de l’exploitation du travail. Il a organisé la rareté du logement et des logements dans lesquels on ne vit pas bien, et à partir de cette immense frustration, il a crée un marché. On vous  a dit alors : « soyez tous propriétaires ». On vous a montré des pavillons avec des jardins et des gens heureux. On vous a dit : « achetez votre logement »  et on vous a proposé le rêve d’être « propriétaires.

Je vais vous parler d’une autre époque, celle où les HLM étaient de belles cités ouvrières, on y était bien ; peu de gens avaient envie d’être propriétaires. Mais ils ont délibérément laissé ces cités se dégrader. C’est l’organisation volontaire de la rareté de logements qui a poussé les gens à acheter.

Mais en réalité vous ne changez pas de statut, vous n’être plus locataires de l’Office HLM mais … de la Banque, s’est-il indigné ! Vous en prenez pour 25 ans de crédits ! Nous nous affrontons donc à un adversaire qui a un nom et qui s’appelle : les Banques ! C’est le capitalisme et sa cupidité. Alors, que faut-il faire ? Briser la rareté et créer en abondance du logement. Combien faut-il en créer ? Je m’appuie sur le rapport de la fondation de l’Abbé Pierre qui estime que pour rétablir l’équilibre, il faut construire 1 million de logement sociaux, de qualité bien sûr. Il faut donc en construire 200 000 par an pour les cinq années à venir. Il faut que le logement soit à tarif modéré.

Trouver de l’argent, c’est possible, il y en a plein ! Enlevons le livret A aux Banques et redonnons-le à l’épargne pour participer au financement de la construction de logements !

Première urgence : désobéissez aux ordres injustes. Des parlementaires ont été assez lâches pour dire que les gens qui s’installent à l’année dans des campings doivent être expulsés. Honte à ces  parlementaires ! Ces gens ne sont pas dans des campings pour leurs loisirs mais parce qu’ils ne peuvent aller nulle part ailleurs et qu’ils veulent offrir un minimum de dignité à leurs familles ! Ces gens ne partiront que s’ils sont relogés.

Deuxième urgence : empêchons les expulsions des personnes en difficulté économique et sociale, arrêtons le scandale des logements vides en les réquisitionnant. Personnellement, je ne peux pas vivre bien si je vois des gens dormir par terre dans la rue ou dans les voitures. Ca suffit !

Il y a aussi la question du niveau des loyers : je ne suis pas pour le gel des loyers, mais pour leur baisse, dit-il sous les applaudissements de la salle. Pour se maintenir dans un logement, il faut pouvoir payer le loyer. Si son montant est moins élevé, votre pouvoir d’achat augmentera, vous dépenserez plus pour vivre, vous relancerez l’activité, et quand on a un peu plus d’argent, on achète aussi de meilleure qualité. Par exemple, on vous dit que l’agriculture bio, c’est mieux, et bien vous pourrez enfin accéder aux produits bios puisqu’ils seront plus accessibles.

Pour baisser les loyers, il y a une méthode simple, Eva Joly l’a évoqué tout à l’heure, prenons la méthode utilisée en Allemagne. Certes, les allemands ne font pas que des choses bien, mais on peut appliquer leur méthode : calculer la moyenne des loyers d’un bassin et baisser tous ceux qui se situent au-dessus de cette moyenne.

Enfin soyons fermes : nous agirons pour une application résolue de la loi SRU qui fait obligation aux communes de construire du logement social : les maires qui n’appliqueront pas la loi seront poursuivis en justice, prévient-il, et le Préfet devra se substituer à eux pour les permis de construire. Les communes de riches qui ne veulent pas de pauvres chez eux, et bien c’est très simple, ils ne toucheront plus de subventions de la collectivité !

Ce n’est pas vrai que l’on ne puisse pas agir maintenant, ce n’est pas vrai que dépenser de l’argent dans le social c’est comme s’il était versé dans du sable, le progrès économique et écologique dépend du progrès social », a conclu le candidat du Front de Gauche en quittant la tribune sous les ovations de la salle. Voir le lien :
http://www.jean-luc-melenchon.fr/2012/01/09/meeting-urgence-contre-le-logement-cher/

Annick Coupé, porte-parole du syndicat Solidaires a pris alors le relai pour affirmer que « les problèmes liés au mal logement détruisent les vies personnelles et familiales. Que fait-on des richesses produites dans ce pays, doit-on en faire un élément essentiel qui permet à chacun d’avoir un logement et un emploi ou bien doivent-elles profiter à une minorité de privilégiés ?  Le droit au logement ne doit pas amputer les autres droits (la santé, la culture …), ce doit être un enjeu fort dans la campagne présidentielle et qui nécessitera des mobilisations sociales pour imposer d’autres choix ».

Philippe Poutou (candidat pour le NPA) a prôné, notamment, « l’arrêt des expulsions sans relogement, la réquisition des bâtiments vides et des résidences secondaires, le blocage des loyers, l’inéligibilité des maires qui ne respectent pas la loi SRU et un service public du logement ».

Jean-Baptiste Eyraud (DAL) est alors revenu sur « la souffrance des mal logés et des pauvres gens qui ont des difficultés à payer leur loyer et leurs factures, fustigeant « ceux qui vivent des 30 milliards de surprofits engrangés en 2009 sur le prix des loyers ».

« La question du logement doit être au cœur de la campagne de l’élection présidentielle », a déclaré, pour sa part, Marie-Noëlle Lieneman (Parti socialiste). Elle se dit d’accord avec le diagnostic et  propose une taxe sur les profits immobiliers spéculatifs qui contribuerait à financer la construction de logements et le relèvement du plafond du livrer A. La première mesure sera de stopper les cadeaux fiscaux.  Les loyers ont dérapé, poursuit-elle, il faut les encadrer et les baisser quand ils sont abusifs.

Des représentants de « collectifs » de Montreuil et du 76 rue Gabriel Péri à Saint-Denis demandent alors la parole. Ils expriment leur colère et leur volonté de ne pas cesser leur combat contre le mal logement et les expulsions. Avant d’être jetés à la rue par le Préfet Lambert, des bébés sont morts, rendus malades par le saturnisme,  a témoigné, à bout de nerfs, une des porte-parole de Saint-Denis. Une autre femme dénonce, au nom du collectif « les oubliés de Dallo » la galère de tous ces gens qui ont des papiers, un travail, et  pourtant n’ont aucune proposition de logement.

Pour faire face à la crise, plus humanitaire qu’écologique, Agnès Naton (CGT) estime « qu’il faut non seulement faire appliquer les lois mais aussi en créer de nouvelles. Elle aussi en appelle à désobéir aux ordres injustes ».

Isabelle Bonnet (Lutte Ouvrière)  propose « la réquisition immédiate des logements vides et des logements sous-occupés par les riches et la construction de logement bon marché ».

« Cette soirée est une vraie bouffée d’oxygène », déclare Pierre Laurent (PCF), « elle rompt avec les débats factices organisés par les médias et qui ne passionnent pas les citoyens. Le logement est un droit fondamental. S’il n’y a pas de rupture franche et rapide, nous allons vers l’amplification d’un véritable drame national. Cela fait des années que vous tirez la sonnette d’alarme.

La responsabilité de ceux qui prendront le pouvoir en mai 2012 est immense, poursuit-il. Il faut sans attendre réquisitionner les logements en faveur des sans abris et interdire les expulsions. C’est pourquoi les députés PCF et PG ont déposé un projet de loi relatif au logement locatif public et privé articulé autour de quatre propositions : l’interdiction des expulsions, l’encadrement des loyers privés, le renforcement de la lutte contre la vacance des logements et un renforcement de l’article 55 de la loi SRU. Il rappelle que les maires communistes sont fréquemment poursuivis en justice pour avoir procédé à des arrêtés anti expulsions, anti coupures d’eau, d’électricité et de gaz.»

« Il faut abroger la loi Boutin » poursuit-il, « interdire les augmentations des loyers lors des renouvellements de baux, imposer le gel des loyers ».

« Pour construire un million de logements, déclare Pierre Laurent, il est urgent de stopper les aides à la spéculation. Il fait remarquer que l’aide publique pour la construction d’un logement social est de 1500 euros alors qu’elle est de 60 000 euros pour un logement construit sous la loi Sellier. Les aides publiques pour le privé ont pillé la nation. Il faut donc un pôle public financier bancaire. Les banques et les assurances sont les grands propriétaires dans les grandes agglomérations. Elles continuent de rançonner. L’endettement locatif est la première cause de surendettement, avant les crédits révolving. Il faut mettre en place une politique de maîtrise du foncier. Tout cela implique de la volonté politique, il faudra donc choisir ceux qui sont les meilleurs porteurs des choix conformes à l’intérêt général et continuer de lutter ».

Dominique Voynet (Maire de Montreuil) met en avant « son action en matière de réhabilitation des logements anciens pour combattre l’insalubrité et le saturnisme et la construction de 3500 logements sociaux. Malgré cela, des milliers de familles attendent un logement social ». Elle dit « sa colère de devoir souvent choisir entre précaires et très précaires », évoque « les squats politiques et culturels » et dit « assumer sa politique envers les roms installés dans sa ville ».

Bernadette Groisson (FSU) fait part de « sa fierté de participer au combat un toit c’est un droit qui réunit tant d’organisations. Nous vivons dans un pays riche où les écarts se creusent. Huit millions de pauvres en Frances, 4 millions de gans mal ou pas logés ». Elle parle alors « des enfants victimes de cette politique, qui vont d’hôtel en hôtel ou vivent dans des logements insalubres. Leur souffrance conditionnera leur vie d’adulte. Quels loisirs ont-ils ? Quel accès à la culture ? Quelle vision du monde offre-t-on à ces enfants à qui l’on impose de telles conditions de vie ? » Elle évoque aussi « les étudiants dont un sur deux est obligé de travailler pour payer ses études. IL nous faut poursuivre ensemble ce combat pour le droit au logement social ».

Tout au long de soirée, les interventions des participants ont été entrecoupées de courtes séquences vidéo apportant le témoignage de citoyens victimes d’expulsion, de la cherté des loyers ou du mal logement et de graphiques projetés sur l’écran démontrant la flambée de l’immobilier, des expulsions et des profits.

Moment d’émotion aussi lorsqu’une jeune adolescente a lu à voix haute la lettre d’une petite fille adressée au Président de la République pour lui expliquer comment elle sa famille avaient été expulsées mais plaisir aussi quand les auteurs-compositeurs Guillaume puis Christian Paccoud ont interprété quelques chansons engagées de leur répertoire.

Le meeting s’est achevé sur la volonté de ne pas attendre les élections mais d’organiser un front large, une campagne sociale et politique, une lutte de longue durée. Entonnant le slogan « un toit c’est un droit », la salle s’est quittée avec, plus que jamais, la conviction qu’unis et tous ensemble le rapport de force peut changer la donne.

%d blogueurs aiment cette page :